Un CPE dans un lycée, ça sert à quoi ?

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Bellevue doit perdre à la rentrée l'un de ses trois postes de conseiller principal d'éducation. Explications sur leur rôle avec l'un d'entre eux.

Entretien

Laurent Delmau

Conseiller principal d'éducation au lycée depuis 20 ans

Le CPE, c'est le surveillant général d'autrefois ?

Le conseiller principal d'éducation est le chef de service des neuf surveillants à plein-temps du lycée. Il est chargé du temps scolaire, en dehors des heures de cours. C'est-à-dire de l'ouverture du lycée, jusqu'au coucher du dernier élève rentré d'un spectacle de théâtre ou d'un concert.

L'internat nécessite la présence de l'un d'entre nous de permanence quatre nuits par semaine. Et nos locaux, immenses et éloignés, sont très gourmands en personnels. Nos missions sont extrêmement variées.

Des exemples ?

Nous gérons les absences des élèves et repérons l'absentéisme, qui est toujours révélateur d'un problème de santé, d'intégration au lycée, ou d'ennui, tout simplement. Nous tentons alors de remotiver l'élève. Autre exemple : avec la proviseure et son adjointe, nous nous répartissons les 33 conseils de classe.

Nous aidons aussi à la mise en place d'ateliers ; nous mettons des salles à disposition des élèves si besoin. Et nous gérons les problèmes de discipline.

Il y en a ?

Les élèves exclus de cours sont envoyés chez nous. La principale raison de l'exclusion, c'est l'utilisation de téléphone portable en cours. Ça arrive plusieurs fois par semaine. On confisque alors le téléphone jusqu'à 48 heures.

C'est un lycée de centre-ville, donc réputé moins difficile ?

Nos élèves sont issus de milieux plus favorisés que la moyenne. C'est vrai. Mais ça ne signifie pas qu'il n'y a pas de difficultés sociales. Et puis, si on n'a pas de bagarres de garçons comme on peut en voir parfois ailleurs, il y a néanmoins de la violence, moins visible. Du mal-être. Des élèves stressés, sous pression. Il y a 70 % de filles ici. Les crises de tétanie, de spasmophilie, sont courantes.

On a aussi, comme partout, des problèmes de consommation d'alcool, de drogues... Plutôt moins en ce moment, mais il faut être vigilant. Nous sommes des généralistes de l'éducation qui orientons l'élève ou sa famille vers un spécialiste : le prof principal, l'assistante sociale, le conseiller d'orientation, un médecin...

Vous jouez un rôle de prévention...

J'anime le comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté ; le conseil de vie lycéenne ; j'assure la formation des délégués de classe... Et accessoirement, j'accompagne les jeunes de la fanfare du lycée quand ils se produisent le week-end dans les villages. Mais, ça, c'est à titre bénévole !

En résumé, comment définiriez-vous votre rôle ?

Je pense concourir, avec les autres adultes du lycée, au bien-être des élèves et à leur éducation. Afin qu'ils ne soient pas seulement des consommateurs de savoir. Mais que le lycée soit pour eux un lieu de vie où ils s'épanouissent. Où ils grandissent.

Recueilli parLaurence PICOLO  Ouest-France - Edition du 21 avril 2011