Déclaration FSU au Conseil Technique Spécial Départemental du 8 novembre 2016

L'aube devait être radieuse. Les lendemains devaient chanter. La réforme du collège entrait en vigueur ! Par le miracle de l'interdisciplinarité, de la transmission transversale du savoir, de la suppression de ces horribles enseignements élitistes de lettres classiques, par la suppression (pas tout à fait assumée, au vrai) des bilangues, l'apparition des merveilleuses Aides Personnalisées, il en serait fini de l'ennui des élèves au collège (comme si l'on devait s'amuser au collège!), des mauvais résultats français aux enquêtes PISA et de tous les problèmes du collège !
Certes, les thuriféraires de la réforme nous objecteront qu'il est encore trop tôt pour en tirer le moindre bilan. C'est un fait. Mais nous avons déjà suffisamment de recul pour dresser un premier inventaire de la rentrée.
Et que voyons-nous ? Un grand, un très grand flou où chaque collège tente de mettre en place au mieux cette fameuse réforme sans avoir de vrai cadrage national. Les principaux touchent ainsi du doigt cette fameuse autonomie de l'établissement dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles et qui pourrait ainsi se résumer : « débrouillez-vous » !
 L'ensemble fait plutôt penser à un remarquable capharnaüm : ici pas de manuels ou seulement un ou deux ou trois (il est vrai qu'il était difficile d'anticiper les changements de manuels lorsque l'on change d'un seul coup tous les programmes du collège !) ; là des emplois du temps qui changent en fonction de la semaine ou des emplois du temps comptabilisant des horaires à la minute près (quel est le sens exact d'une AP de 12 minutes hebdomadaires?) ; ici encore des EPI mis en place mais dont le caractère grotesque et ridicule souligne combien tout cela a été bricolé dans l'improvisation (une heure de dessin d'un blason médiéval pour croiser Arts Plastiques et Histoire) ; là des AP en classe entière ou en groupes suffisamment lourds pour que parents et élèves s'interrogent sur la définition que donne le Ministère du mot « personnalisé ».
Partout des multiplications de compléments de service, en particulier en allemand, espagnol, sciences physiques, technologie ou lettres modernes, toutes disciplines directement impactées par la réforme. De plus en plus de collègues sur deux établissements (ou plus) avec tout ce que cela signifie de fatigue, de stress, d'investissement dans les différents établissements. Partout des enseignants d'allemand très fortement incités à aller pratiquer en école primaire avec cet argument imparable : « si vous ne le faites pas, vous serez responsables de la disparition de votre poste et de l'allemand ». Argument honteux tant il est vrai que les collègues ne sont responsables de rien au contraire des promoteurs de la réforme qui poussent des personnels à se placer dans l'illégalité statutaire puisque des enseignants du second degré n'ont pas à exercer dans le premier  Partout des emplois du temps dégradés, reflet d'une mise en place chaotique de la grande œuvre de Madame la Ministre. Et ne parlons pas du fameux Livret Scolaire Numérique Unique qui ressemble de plus en plus à l'arlésienne ; non pas que le SNES l'attende avec impatience (bien au contraire) mais ce retard au démarrage montre bien les ratés de la mise en place de cette réforme tant vantée.
Bref, une impression de totale improvisation, de sauve qui peut généralisé, chacun cherchant dans son petit coin à limiter la casse autant que possible. A croire que les très, très nombreuses journées de formation imposées aux collègues (qui auraient été bien plus utiles devant leurs élèves) n'ont pas été très efficaces puisque tout le monde tire à hue et à dia. Quelle est la crédibilité de ceux qui se permettent d'enlever tant d'enseignants de leurs salles de classe et qui, pour répondre à un problème médiatique, annoncent à grands coups de trompettes des mesures pour pallier aux absences d'enseignants, ancrant ainsi un peu plus l'idée, pourtant fausse, que l'absentéisme est chronique chez les professeurs ?
Mais tout le monde n'est pas perdant dans cette histoire. Comme le SNES l'avait annoncé, le grand bénéficiaire de ce chaos est l'enseignement catholique ! En cette rentrée de septembre 2016, en Sarthe, dans un contexte généralisé de baisse des effectifs en collège, l'enseignement privé gagne des élèves alors même que le public est victime d’une véritable hémorragie. Cela montre éloquemment que les parents choisissent le privé dans l'espoir d'échapper autant que possible aux effets mortifères de la réforme. Sinon, comment expliquer ce flux vers le privé, flux pouvant atteindre, ponctuellement en Sarthe, des proportions qui devraient, nous, défenseurs du service public d'éducation, nous interroger ?

A propos de flux, le nombre de demandes de mutations de professeurs de collège pour obtenir un poste en lycée a été particulièrement élevé l'an dernier. Probablement une manifestation du fait que, aux dires de la Ministre, « plus de 80 % des enseignants » sont favorables à la réforme. Sans doute ces collègues mutés en lycée ont-ils dû quelque peu déchanter.
En effet, les moyens ayant été concentrés, avec les brillants résultats évoqués, sur les collèges, les lycées sont priés de se débrouiller avec moins. Résultat : des classes surchargées à 34,35, 36 et même 37 élèves dans un lycée de l'agglomération mancelle ; une AP qui n'a que son nom pour rappeler sa vocation première et qui continue à démontrer, avec constance, sa parfaite inutilité ; des BMP non pourvus et, ici aussi, le royaume de la débrouille pour tenter de limiter la casse et de faire fonctionner, vaille qui vaille, les établissements.

Voilà à quoi ressemble, pour Madame la Ministre, une rentrée où « tout se passe bien ». Madame la Directrice de l'Enseignement Scolaire avait cru bon d'ironiser sur « l'éducabilité des enseignants ». Nous croyons, sûrement un peu sottement, à l'éducabilité des hiérarques qui gouvernent l'Education Nationale et nous espérons que, dans un sursaut de lucidité, ils se rendent compte de la nocivité de la politique éducative actuellement suivie et y renoncent. Dans cette hypothèse, fort peu vraisemblable, ils trouveront dans le SNES-FSU une force de proposition et de dialogue
pour enfin conduire une politique éducative ambitieuse, démocratique, qui assure à tous les élèves les mêmes chances de réussite.