Déclaration au CTSD du 22 janvier 2019

L’orage gronde dans les salles des professeurs. En ces temps de grogne sociale généralisée, les enseignants ont eux aussi de nombreux et légitimes motifs de colère.
La revalorisation salariale devient urgente lorsque l’on sait qu’un enseignant certifié commence sa carrière à 1415 euros mensuels, soit seulement 188 euros de plus que le SMIC ! Mise à part une modeste revalorisation de 2 fois 0,6 % en 2016/2017, le point d’indice est gelé depuis 2010, et insuffisamment compensé par rapport à l’inflation depuis 2003. La perte de pouvoir d’achat qui en résulte est sévère et parfaitement documentée pour quiconque veut bien se donner la peine de se renseigner. Face à ce problème majeur de pouvoir d’achat, quelle est la réaction du Ministre ? Il crée un observatoire de la rémunération des professeurs ! C’est se moquer du monde lorsque l’on sait que les enseignants sont payés par le Ministère. Il doit donc avoir une petite idée des rémunérations des professeurs !!
On observe cette même désinvolture en ce qui concerne les réformes du lycée et de la voie professionnelle. Alors que l’immense majorité des organisations syndicales se prononcent contre, alors que le Conseil Supérieur de l’Éducation a rejeté massivement en décembre dernier les projets de programmes de lycée général, alors que partout sur le territoire, se multiplient les actions contre ces réformes qui cassent les lycées, le Ministre affirme, sans rire, que sa démarche est soutenue «par 90%» des enseignants, que les réformes ont été discutées avec les enseignants et les élèves, concertation et discussion dont nous ne savons rien, ce qui est bien pratique. M. Blanquer semble vivre dans un monde parallèle, un monde où il n’est entouré que de thuriféraires enthousiastes hurlant leur joie d’être «réformés» par un si grand ministre.

Les dernières élections professionnelles auraient pourtant dû édifier le Ministre. Malgré tous les dysfonctionnements, notamment des jours de votes interrompus, et les manquements (beaucoup d’établissements sans panneau syndical, sans espace de vote, avec des personnels sans notice de vote comme les AESH et sans incitation à voter de la part des chefs d’établissements), les collègues ont voté un peu plus qu’en 2014 et ils ont conforté la FSU comme la première organisation syndicale de l’Éducation. Ce résultat seul montre bien que J.M. Blanquer se trompe (volontairement ?) lorsqu’il affirme que la quasi-totalité de la communauté éducative soutient sa politique. C’est probablement parce que cette opposition syndicale le gêne qu’ il n’a de cesse de décrédibiliser les syndicats et, en particulier, ceux de la FSU . Il va même jusqu’à tenter de museler la libre expression du mécontentement des enseignants dans son liberticide article 1 de la loi dite, avec un certain sens de l’humour, «Loi sur l’École de la confiance». Même si le Conseil d’État, dans sa sagesse, recommande l’abrogation de cet article, le symbole est fort : ce Ministre est tellement certain du soutien enthousiaste des enseignants qu’il tente de les bâillonner !!

Et nous le comprenons. En effet, qu’il est désagréable de voir tous ces professeurs, ces CPE, ces Psy-EN, ces AED prendre la parole pour critiquer les réformes en cours et les résultats des DHG qui montrent, pour la première fois concrètement, l’étendue des dégâts.
Nous sommes réunis aujourd’hui pour étudier les DHG des établissements sarthois. Après avoir endormi les collègues par des propos lénifiants, l’heure est venue de passer à la caisse. Et la facture est salée ! C’est environ 27 ETP , si l’on tient compte de la tentative grossière de masquer cette baisse par des HS, qui seront supprimés à la rentrée prochaine en Sarthe dont l’écrasante majorité en lycée. De là à faire le lien avec les réformes du lycée, c’est un pas que nous franchissons volontiers. C’est bien parce que ces réformes surchargent les classes, augmentent le nombre de classes par enseignant, diminuent les horaires d’enseignement qu’elles permettent de réaliser de substantielles économies qui se traduisent en suppressions de postes. Car tel est le véritable objectif de ces réformes : faire participer l’Éducation Nationale à la diminution de la dépense publique, véritable totem de ce gouvernement, prisonnier de sa doxa néo-libérale. Cette véritable saignée est justifiée par des évolutions démographiques à la baisse dont on cherche vainement trace dans les documents qui nous ont été fournis : nous n’y voyons aucune diminution du nombre d’élèves, bien au contraire puisque nous pouvons même y voir une augmentation. Comment expliquer cette contradiction entre un discours en direction de la presse et du grand public et un discours en direction des organisations syndicales représentatives ? D’après les documents fournis, il n’y a pas de diminution du nombre d’élèves en Sarthe à la rentrée prochaine et il peut même y avoir une augmentation. Les suppressions de postes proposées n’ont aucune réelle justification ni aucun fondement si ce n’est la recherche d’économies et le profond mépris montré par le gouvernement à l’égard des enseignants.
Le gouvernement entend persévérer dans cette fuite en avant par des saignées à marche forcée. Comment espère-t-il continuer ainsi lors des prochaines rentrées alors que nous sommes déjà à l’os ?
Face à ce mépris, à l’autoritarisme du gouvernement, à son déni de réalité, aux réformes destructrices des lycées, à la dégradation salariale dont nous sommes victimes depuis tant d’années, le SNES-FSU, le SNEP-FSU, le SNUEP-FSU appellent les collègues à multiplier les actions pour monter leur exaspération et feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faire entendre raison à un pouvoir qui refuse obstinément d’entendre et de voir ce qu’est la réalité sociale de l’Éducation Nationale.