Blanquer, ministère amer

Par Sylvain Prudhomme , écrivain, chroniqueur à «Libération» — 

C’était il y a peu dans les journaux : une fine courbe sur fond blanc qui dégringolait, dégringolait, tombait en dessous d’un palier, puis d’un second. Elle montrait la chute, année après année, du pouvoir d’achat d’un prof en début de carrière, évalué en nombre de smic : de 2,08 smic en 1990 à 1,36 en 2019. A côté, une autre courbe indiquait le corollaire inévitable de ce déclin : la chute du nombre de candidats aux concours, accentuée par l’élévation, depuis la réforme de 2011, du niveau d’études exigé pour s’y présenter. «Prof, un métier qui n’attire plus», disait le titre, confirmant une expérience que chacun peut aisément faire, pour peu qu’il interroge les lycéens de son entourage sur leurs envies professionnelles. Comment en serait-il autrement ? Etudier longtemps pour gagner peu, et de moins en moins. Etre pris chaque jour entre les exigences contradictoires des programmes, des élèves, des parents d’élèves, des chefs d’établissement, des changements incessants de directives ministérielles. Voir les moyens mis à disposition constamment diminués. Etre à chaque protestation montré du doigt par son propre ministre.

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