Continuité pédagogique et pression

Nous espérons, tout d'abord, que vous vous portez bien ainsi que vos proches.

Nous savons toute la peine que se donnent les collègues pour assurer le maintien d'un contact pédagogique avec leurs élèves. Les parents d'élèves peuvent en témoigner. Cela dans un contexte difficile, anxiogène, avec les moyens du bord, le confinement à supporter, les enfants à garder...
Il n'est donc nul besoin que la hiérarchie mette plus de pression sur nos épaules. En effet, plusieurs témoignages de collègues nous montrent que des chefs, tout particulièrement en collège, ne peuvent s'empêcher de faire du zèle et fliquent littéralement les enseignants : message pour reprocher un travail jugé insuffisant, pour s'étonner du petit nombre d'exercices donnés, pour exiger de passer des coups de téléphone aux familles, de déposer des documents papier dans les établissements, pour rappeler les collègues à leur devoir d'exemplarité, leur ordonner de se conformer aux instructions du Recteur et de la DASEN... Nous devons en oublier.

A cet égard, les collègues ne doivent pas rester isolés, malgré cette période d'isolement physique. Nous vous renvoyons tout d'abord à l'excellente FAQ du SNES national, régulièrement mise à jour.
La position du SNES est claire et nous jugeons utile de vous la rappeler :

- le concept de continuité pédagogique est une ineptie. Tout au contraire, c'est bien d'une discontinuité pédagogique dont il est ici question et l'objectif est avant toute chose d'en amoindrir les conséquences néfastes. Tous nos élèves ne sont pas égaux face au numérique, rien ne remplace la présence physique du professeur face aux élèves et l'interaction qui en découle : vouloir à toute force faire comme si rien n'avait changé, comme si l'on pouvait continuer à avancer dans le programme, comme s'il était possible de faire un travail de même qualité en "distanciel" qu'en "présentiel" est un non-sens. Tous ceux, et nos supérieurs hiérarchiques les premiers, qui poussent en ce sens accroissent les inégalités qui existaient déjà. Nous ne devons pas rentrer dans cette spirale dangereuse et, tout au contraire, devons rejeter ce concept de "continuité pédagogique" bricolé à la dernière minute par un ministre voulant rassurer l'opinion publique et, probablement, non dénué d'arrières-pensées.

- nous pensons que notre objectif premier est de maintenir le contact avec nos élèves, les aider à ne pas décrocher de la pratique scolaire, par différents moyens (révisions, exercices...) et différents canaux (les collègues utilisent les outils institutionnels lorsqu'ils fonctionnent et ont dû, dans un premier temps, pallier leurs défaillances mais nous devons nous protéger juridiquement et éviter des outils qui sont en contradiction avec les préconisations officielles et le RGPD : à cet égard, attention à la plateforme Discord qui n'offre aucune garantie de sécurité et de confidentialité) sans les assommer de tâches et de devoirs (parfois notés) qui peuvent complétement noyer les plus fragiles. L'urgence n'est pas aux évaluations et aux moyennes du 3e trimestre. Il sera bien temps, lorsque tout cela sera fini, d'y songer. Non, l'urgence est clairement ailleurs et ne rajoutons pas du stress aux élèves qui y sont soumis à haute dose en ce moment. C'est d'ailleurs ce que disent certaines équipes d'inspection (celles d'Anglais par exemple) et de nombreux chefs d'établissement.

- et cela vaut bien évidemment pour les collègues. N'allons pas nous rajouter de la pression et n'acceptons pas les pressions d'une certaine hiérarchie. Cette hiérarchie qui, par ses injonctions contradictoires et aberrantes, a perdu toute crédibilité. Cette hiérarchie qui, les premiers jours de confinement, voulait faire venir les enseignants dans des établissements vides, cette hiérarchie qui proposait de transformer les commerces alimentaires de proximité en dépôt de cours. Cette hiérarchie n'a aucune leçon à nous donner : si l'édifice tient tant bien que mal c'est grâce au travail des enseignants depuis chez eux (n'en déplaise à certains) avec le matériel payé par leurs deniers personnels. Nous n'avons donc pas à nous plier à leurs lubies loufoques et dangereuses.

- ce n'est pas au chef d'établissement de juger de la qualité, de la pertinence et de la quantité du travail que nous fournissons, en ces circonstances, avec nos élèves. Nous les connaissons mieux qu'eux et, fonctionnaires de catégorie A, nous sommes concepteurs de notre métier, de nos pratiques, juges de ce qui est bon ou pas pour nos élèves.

- le chef d'établissement n'a pas à nous imposer de téléphoner aux familles depuis notre téléphone personnel. Nous le faisons si nous le souhaitons et si nous le jugeons utile. Nous n'allons évidemment pas déposer des cours dans les établissements : cette injonction est en contradiction absolue avec les consignes émanant du sommet de l'Etat nous invitant, nous ordonnant ,de rester chez nous!

- l'argument selon lequel il nous faudrait obtempérer à des ordres de notre hiérarchie ne tient pas. Si un ordre est aberrant ou dangereux il est de notre devoir de le refuser. Comment qualifier autrement certaines de ces injonctions qui aboutiraient à briser le confinement et à nous mettre, objectivement, en danger?
Nous devons d'abord penser à notre santé, notre sécurité et à celle des nôtres avant toute autre chose. Et le désir de l'institution de montrer à la population que sa pseudo "continuité pédagogique" fonctionne est bien secondaire pour ne pas dire dérisoire.

Maintenons le lien avec nos élèves, calmons leurs inquiétudes, ne nous mettons pas la pression et refusons de déférer à des instructions contradictoires, stupides et dangereuses. Cela sera déjà beaucoup.
Les grandes crises révèlent les grands personnages, elles révèlent aussi les petits....

N'hésitez pas à nous faire remonter toutes les informations que vous jugerez utiles : nous en ferons part à la DASEN qui est d'une discrétion confinant à l'absence ; nous ne manquerons pas de la remercier de son grand soutien à ses enseignants dans ces moments délicats.

PS : pendant ce temps, les opérations de mutation se poursuivent. La date de fermeture du serveur SIAM a été repoussée au 1er avril. D'ici là, n'hésitez pas à nous contacter par mail pour que nous puissions vous conseiller en vous rappelant au téléphone.