La rentrée vue par la nouvelle rectrice

Les rémunérations ? Oui c’est un problème mais parlons plutôt d’autres choses

 

La nouvelle rectrice de l’Académie de Nantes, Mme Katia Béguin, a pris ses fonctions en pleine crise de recrutement qu’elle a quand même du mal à nier au niveau national et qu’elle explique ainsi dans un entretien accordé au journal Ouest-France le 24 août 2022 :

 

- en invoquant un facteur purement technique lié au déplacement du moment de passation du concours d’accès au métier d’enseignant. Auparavant, explique-t-elle, « les candidats passaient le concours à la fin de leur Master 1. Mais au printemps 2022, les candidats l’ont passé à la fin du Master 2. Donc parmi tous les élèves de cette cohorte de M2, une majorité l’avait déjà passé l’année d’avant. » D’où, selon elle, le déficit de candidats au concours. Mais qui, aussi, a eu cette idée saugrenue de repousser encore le moment du concours ? Dans un contexte de manque de postulants qui dure depuis de nombreuses années, était-ce bien le moment de prendre cette décision .Gouverner n’équivaudrait-il plus à prévoir ?

 

- en fait, en admettant d’abord implicitement que nos rémunérations sont notablement insuffisante puisqu’elle reconnaît que «certains trouvent dans le privé des rémunérations plus intéressantes. » On appréciera au passage l’art consommé de l’euphémisme.

 

Au niveau de l’académie de Nantes, Mme Béguin estime cependant que la situation est moins préoccupante que dans bien d’autres. Ce qui ne l’empêche pas de constater à la veille de la rentrée qu’au « niveau du secondaire, il nous faut trouver cent postes de contractuels en plus, dans le public, par rapport à l’année précédente. » Une paille ! Et même si «  La pénurie de candidats est beaucoup moins aiguë [ici] qu’ailleurs […], je ne donnerais pas ma main à couper qu’on aura tous les professeurs de technologie, tout de suite ». Prudente la dame !

 

Et pourtant au rectorat on fait flèche de tout bois pour mettre un adulte devant chaque classe au jour J. On voit ainsi fleurir des offres sur Pôle emploi telles celle-ci : «  21 heures de cours par semaine, [avec toute la préparation qu’elles supposent], bac +3 et débutants acceptés, 1 360 € net ». Choquant ? Si Mme la Rectrice, représentante du ministre, reconnaît une fois encore, après des années de déni, que « c’est un vrai problème » elle préfère cependant pudiquement et rapidement botter en touche en déplaçant le problème sur le terrain «  de la considération que la société doit aux enseignants ». Mais Mme la rectrice la considération ne peut-elle pas aussi s’exprimer par une rémunération enfin digne de ce nom ? Mme Béguin préfère mettre en avant « l’écoute » que va déployer le Rectorat « pour que chaque établissement ait un interlocuteur unique. Qu’une personne réponde à leurs besoins, plutôt que de passer par tous les services. » Ceci annonce en fait une transformation du mode de gestion des personnels où nous n’auront plus au rectorat un interlocuteur par discipline mais un interlocuteur par établissement. Il n’est pas sur que nous ayons tellement à y gagner.